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Kim Eric Drexler, Engines of Creation, extrait.


Comme Konstantin Tsiolkovsky l'a écrit112 à la fin du siècle dernier, "L'homme ne restera pas toujours sur la Terre ; la quête de la lumière et de l'espace le poussera à pénétrer les limites de l'atmosphère, timidement d'abord, puis sans retenue, pour aller conquérir l'ensemble du système solaire".
A l'espace mort, nous apporterons la vie.


Quelqu'un nous arrêtera-t-il ?

D'autres civilisations possèdent-elles déjà les ressources de l'univers ? Si oui, alors elles pourraient limiter notre croissance. Sur cette question, les faits relatifs à l'évolution et aux limites technologiques sont éclairants.
Puisque de nombreux systèmes solaires ayant une étoile qui ressemble au soleil ont plusieurs millions d'années de plus que le nôtre, quelques civilisations (s'il en existe un nombre appréciable) devraient avoir plusieurs centaines de millions d'années d'avance sur nous.
Nous nous attendrions à ce que l'une de ces civilisations fasse ce que toute forme de vie connue a fait : qu'elle se répande aussi vite qu'elle le peut.
La Terre n'est pas seulement verte dans les océans où la vie a commencé mais également sur les côtes, les collines et les montagnes.
Les plantes vertes se sont maintenant répandues jusqu'aux stations orbitales et si nous prospérons, les plantes de la Terre se répandront même jusqu'aux étoiles.
Les organismes se répandent aussi loin qu'ils le peuvent, puis encore un peu plus loin.

Quelques-uns échouent et meurent mais ceux qui réussissent survivent et se répandent plus loin encore. Les pionniers en route pour l'Amérique ont navigué et ont sombré, sont arrivés sur la terre ferme et sont morts de faim mais certains ont survécu et ont fondé de nouvelles nations.
Partout les organismes sentiront la pression qu'a décrite Malthus, parce qu'ils auront évolué pour survivre et se répandre ; les gènes et les schèmes poussent tous les deux dans la même direction.
Si des civilisations extraterrestres existent et si une petite fraction d'entre elles se comportent comme la vie le fait sur Terre, alors ils doivent déjà s'être répandus à travers l'espace.

L'idée que l'homme est seul dans l'univers visible est étayée par ce que nous voyons dans le ciel et sur ce que nous savons des origines de la vie. Il n'y a pas besoin d'extraterrestres timides pour expliquer les faits.
Certains disent que puisqu'il y a tant d'étoiles dans le ciel, il doit sûrement y avoir d'autres civilisations parmi elles.
Mais il y a moins d'étoiles dans l'univers visible qu'il n'y a de molécules dans un verre d'eau.
Tout comme un verre d'eau n'a pas besoin de contenir tous les produits chimiques possibles191 (même en aval d'une usine chimique), les autres étoiles n'ont pas besoin d'abriter de civilisations.

Nous savons que les réplicateurs en compétition tendent à se répandre jusqu'à leurs limites écologiques et que les ressources sont néanmoins gaspillées à travers tout l'univers.
Nous n'avons encore reçu aucune délégation provenant des étoiles et nous n'avons semble-t-il pas de gardien de zoo pour la Terre, même tolérant.
Il n'y a peut-être tout simplement personne.
S'ils n'existent pas, alors nous n'avons pas besoin de les prendre en compte dans nos plans.
Et s'ils existent, alors ils superviseront nos plans selon leurs désirs insondables et il semble n'y avoir aucune façon de se préparer à cette éventualité. Ainsi, pour l'instant et peut-être pour toujours, nous pouvons tracer des plans pour le futur sans nous préoccuper des limites que pourraient nous imposer d'autres civilisations.

Kim Eric Drexler, Engines of Creation (EXTRAIT)

http://editions-hache.com/essais/drexler/drexler1.html Traduit de l'anglais par Marc Macé
http://editions-hache.com/essais/drexler/drexler1.html