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SFF: questionnaire Noosphere biotechnologies..sffranco@cyberus.ca
Date : 3 octobre 2001 02:09:55 HAEC
De : yann.minh@wanadoo.fr
Objet : SFF: questionnaire Noosphere biotechnologies...(long)
Date : 3 octobre 2001 02:09:55 HAEC
À : sffranco@cyberus.ca

Bon, maintenant que c'est en ligne,
Je peux vous transmettre ma prose à ce sujet...

Il y a un mois, Fabrice m'a envoyé le questionnaire sur les
biotechnologies pour le site de NooSfere auquel j'ai répondu, et
auquel ont également répondus, Danielle MARTINIGOL, Jean-Michel
TRUONG, Jean-Claude DUNYACH , Jean-Pierre ANDREVON, Jean-Louis
TRUDEL, Jean-Pierre HUBERT , Joëlle WINTREBERT, Christian GRENIER
à
http://www.noosfere.org/icarus/enquetes/enquete.asp?numenquete=1

Malheureusement Fabrice avait oublié de me préciser que c'était
destiné aux enfants, et donc du coup, il a du censurer ma réponse...
ce que je comprends bien... mais comme c'est un peu frustrant pour
moi quand même, je vous la transmet donc en direct, hors de vue à
priori des chastes oreilles de nos petits humains... :-)

euh, rien de polémique la dedans, je comprends très bien que ma prose
ne pouvait être mise entre toutes les mains ;-))




Voici les 3 questions :

1/ Dans le domaine des biotechnologies tel que le clonage et autres
manipulations génétiques, ce que nous considérions hier comme du strict
domaine de la SF, devient aujourd'hui une réalité. Cet état de fait
modifie-t-il votre approche dans votre métier d'écrivain de SF ?

Oui, absolument, ces nouvelles technologies, et découvertes
scientifiques en génie génétique ont radicalement modifié notre
relation à la création artistique.

L'évidence est bien sûr de parler de nos clones dédiés qui sont
spécialisés dans des domaines artistiques précis, afin d'obtenir plus
de rendement dans la production de nos oeuvres, et mieux satisfaire
la demande de notre public avide de nos nouvelles créations.

Outre cette évidence, les progrès en génétique nous ont également
permis, grâce au sacrifice de quelques clones, de vivre par
procuration des expériences sexuelles extrêmes afin de pouvoir mieux
incarner les émotions de nos personnages imaginaires...

Mais surtout, le changement le plus important s'est produit lorsque
notre original de première génération (le master) a eu l'idée de
donner naissance à un clone féminin de lui-même plus jeune. Et nous
devons avouer que depuis, nous vivons tous les deux une relation
amoureuse merveilleuse d'harmonie et de complicité qui stimule
énormément notre créativité.

Le seul moment un peu difficile a été, lorsque j'ai du éliminer le
master trop vieux, avec des techniques d'euthanasie archaïques un peu
brutales il y a quelques siècles, afin d'harmoniser nos ages.
C'est étrange cet attachement à la survie qu'avaient les premières
générations, et ce refus de la modernité presque pathologique qui les
empêchaient de s'effacer dignement.

Les vivez-vous comme des contraintes ou comme un excitant défi permanent ?

C'est surtout une excitation permanente merveilleuse. En tous cas
pour rien au monde nous ne choisirions comme certaines sectes
d'extropians extrémistes, de gommer notre différenciation sexuelle et
notre héritage humanoïde que beaucoup perçoivent comme une contrainte.
Bien qu'hérités de processus vitaux archaïques, la sexualité et la
forme humaine restent de grandes sources d'expériences émotionnelles
et existentielles exceptionnelles.
Au niveau de la sexualité humanoïde, nous pensons en particulier que
la complétude androgynique à la mode en ce moment, si moralement
reposante, occulte un extraordinaire répertoire de sensations
sado-masochistes originelle .
C'est pourquoi nous militons en faveur des mouvements qui prônent le
maintien de la différenciation sexuelle et de la souche humanoïde
pour notre espèce.

2/ ... pour affronter la
longueur des voyages spaciaux, l'homme ne va-t-il pas être obligé l'adapter
son patrimoine génétique ? En tant qu'auteur de SF, comment voyez-vous, à
long terme, l'avenir biologique de l'Homo Futuris ?

C'est effectivement un vaste débat qui suscite des polémiques acharnées.

Déjà, pourquoi limiter cette interrogation à L'Homo Futuris ? Les
autres espèces sont aussi concernées par le débat, et je ne suis pas
certain qu'elles apprécieraient la ségrégation implicite de cette
question.

Pour notre part nous pensons qu'il faudra un jour ou l'autre accepter
l'idée que nous devrons modifier le système de codage originel de
l'ADN afin d'ouvrir de nouvelles possibilités évolutives à nos
essaims de cosmonautes protoplasmiques. Malgré leur transformation
réussie en vastes communautés de pluri-organismes interplanétaires
viables, il est clair qu'on a atteint aujourd'hui la limite des
capacités de diversification adaptative du protocole de codage
nucléique originel.

Pour que nous puissions poursuivre le peuplement de l'univers et
injecter la Vie dans des zones extrêmes comme les soleils par
exemple, nous devrons certainement ouvrir de nouvelles voies
évolutives radicales.
Alors c'est vrai que cela pose une interrogation métaphysique et éthique.
Faute d'autres exemples dans l'univers, nous ne savons toujours pas
pourquoi la vie avait choisi de coder l'ADN de cette unique façon à
l'origine, et la création de nouveaux protocoles risque de générer
des entités vivantes vraiment trop différentes de la souche
originelle qui structure la bio-diversité actuelle. Et surtout, il
n'y aurait pas de possibilité de commensalisme entre le vivant actuel
et cette nouvelle extraction artificielle, du fait de
l'incompatibilité des codages ADN. (Quoique, il paraît que les
chercheurs bonobos du ACIT (Alpha du Centaure Institute of
Technology) auraient mis au point des transcodeurs clusteriques.

Mais cela demande quand même réflexion, la cohabitation avec les
empires des différentes espèces cybernétiques pose déjà suffisamment
de problèmes pour que nous n'en rajoutions pas. Nous pensons qu'il
faudrait s'accorder encore quelques siècles d'études éthiques et
métaphysiques avant de s'engager dans cette voie. En particulier,
nous devrions attendre d'être enfin certains d'avoir bien identifié
les tropismes métaphoriques à l'oeuvre dans l'univers... ce qui
parait-il est en bonne voie.

3/ La question de la définition de l'humain et de la limite entre homme et
machine a souvent été posée par la science-fiction. Considérez-vous la
science-fiction comme le genre littéraire le plus adéquat pour aborder
cette
problématique ?

La SF est effectivement une espèce noosphérique classique, et
antique, qui a de temps en temps anticipé les grands tropismes
métaphoriques qui déterminent l'évolution du vivant et de l'univers.
Mais n'oublions pas que sa vocation principale aux origines, était
essentiellement de faire voyager les ressortissants de l'espèce
humaine dans des secteurs noosphériques ludiques ou spéculatifs, et
non pas prospectifs.
Il est vrai que, dans l'antiquité, les communautés humanoïdes avaient
peu d'outils d'exploration noosphériques à leur disposition, et qu'à
son époque, la SF grâce à quelques média simples, à grandement
contribuée à l'agrégation des premiers essaims d'Homo Futuris. Elle a
joué un rôle non négligeable dans la préparation de l'espèce humaine
vers sa fusion cybernétique avec l'ensemble du vivant terrestre, (pas
seulement les entités métaphoriques informatiques), et ainsi facilité
la grande exospermie qui permit à la Vie d'échapper à la destruction
du système solaire.

Et il est vrai que du fait de notre passion pour l'antiquité, en tant
qu'auteurs, nous nous efforçons de restituer à l'aide d'outils
archaïques, ce que devaient être les préoccupations de nos ancêtres,
en particulier vis-à-vis des prémices de la fusion homme-machine.
Mais la grande difficulté n'est pas d'imaginer les prospectives
technologiques ou scientifiques de l'époque, mais plutôt de réussir à
incarner avec pertinence ce que devaient être les émotions, et les
préoccupations existentielles de nos ancêtres préhistoriques. Ceux-ci
n'avaient, je le rappelle, que des outils extrêmement sommaires à
leur disposition pour transmettre à leurs semblables (ne parlons pas
des autres espèces) leurs concepts ou émotions. Et c'est, 
avouons-le,  un enjeu fascinant, que d'explorer la noosphère avec des
outils aussi primitifs que l'écriture, l'infographie ou la vidéo.

Comment l'avez vous abordée dans votre oeuvre ?

Notre plus grande réussite a été la genèse biogénétique d'une gorgone
allégorique, Sthéno, que nous avons appelée ainsi par référence aux
plus anciens mythes humains, et qui symbolise, sous sa forme d'entité
biocybernétique, la transformation de l'humanité pour essaimer dans
l'espace.
Nous pensons qu'elle croise actuellement au large de NGC884 dans la
constellation de Cassiopée à bord d'un croiseur symbiotique à voile
solaire.
Cette vision très anthropomorphique de l'évolution, un peu prosélythe
avouons le, à d'ailleurs provoqué un mini scandale auprès des autres
espèces, lors de la dernière exposition intergalactique de créatures
artificielles.

Ci-jointe une photo récente de notre création bio-cybernétique.
http://yannminh.com/french/CtSteno.html

©3001. pour noosfère. Yann Minh et Yann Minh, artistes clones.
--
http://www.yannminh.com
mailto:yminh@yannminh.com


pas tenu.
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